L'exploitation des données : enjeu n°1 de la voiture connectée

 

(Paris, le 21 février 2017)

Considérée comme le nouvel or noir, la data est le moyen pour les constructeurs automobiles de valoriser la connectivité de leurs véhicules. Le problème est que tout le monde veut sa part du gâteau et qu’on ne demande pas son avis au conducteur.

Une voiture connectée génère 25 gigaoctets de données par heure. Une masse qui vaut de l’or, si l’on en croit le cabinet de conseil en stratégie McKinsey. Ce dernier évalue les gains potentiels à 750 milliards de dollars d’ici à 2030. Pour le moment on est encore loin du compte, car les véhicules connectés ne font pas converger toutes les données vers les serveurs des constructeurs. 

Du moins pas encore, à l’exception peut-être de Nissan qui sait tout aujourd’hui de l’usage que font ses clients de la Leaf (durée et longueur des trajets, fréquence des recharges) de façon anonyme. A terme, les marques pourront avoir un retour en temps réel de l’utilisation qui est faite de leurs modèles. Elles sauront potentiellement quels équipements et quels services connectés ont vraiment les faveurs du public. Elles seront aussi en mesure de valoriser certaines données, comme les préférences musicales.

Récemment, l’industrie automobile a pris position sur le sujet. Dans une déclaration commune, l’ACEA et le CLEPA (les associations regroupant respectivement en Europe les constructeurs et les équipementiers) ont présenté une architecture technique, permettant d’accéder aux données générées par le véhicule. Cette approche dirigerait toutes les futures communications et données à travers le serveur appartenant au constructeur automobile. L’argumentation repose sur la protection contre le piratage, en raison de l’augmentation du nombre de tiers pouvant accéder aux communications. En conséquence, seule une partie des données générées serait ensuite envoyée sur un « serveur neutre » accessible aux acteurs indépendants du marché.

Le problème est que les acteurs de l’après-vente ne l’entendent pas de cette oreille. A travers une vaste coalition européenne, intégrant le monde de la réparation, de l’assurance et des loueurs, ils ont dénoncé cette solution, basée sur le concept de « Véhicule Étendu » (Extended Vehicle), « qui ne permettrait pas de communiquer directement avec le véhicule et laisserait de nouveau les constructeurs automobiles décider de manière totalement discrétionnaire comment, quand et à qui l’accès aux données (principalement agrégées) serait donné », font-ils valoir dans un communiqué.

En France aussi, le débat fait rage. La FEDA (Fédération des syndicats de la Distribution Automobile) et la FNAA (Fédération Nationale de l’Artisanat Automobile) souhaitent également un complet et libre accès aux données émises par ces véhicules connectés. Au nom du respect de la concurrence, ces fédérations espèrent que ce principe va s’appliquer pour l’appel d’urgence (« eCall ») et dans les autres réglementations, qu’elles concernent les véhicules connectés du parc roulant, ou les véhicules post-équipés grâce au « dongle » fixé à la prise de diagnostic.

Pour sa part, le CNPA (Conseil National des Professions de l’Automobile) soutient le rapport parlementaire des députées Corinne Erhel et Laure de La Raudière, qui appelle à une large mobilisation pour la construction d’une plateforme de services industriels à l’échelle européenne, sur laquelle tous les acteurs de l’industrie pourraient partager les datas collectées.

Et le consommateur dans tout cela ? La campagne « My Car my data » lancée par la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) vise à faire valoir la protection de la vie privée. Elle s’appuie sur un constat simple : 90 % des automobilistes estiment que les données générées à bord du véhicule leur appartiennent. Les Automobile Clubs pensent par ailleurs que les constructeurs vont trop loin en relevant toutes les deux minutes des données sur la localisation et le monitoring des organes vitaux. Le syndrome Big Brother n’est pas loin.

Mais au final, le conducteur a-t-il vraiment des raisons de se plaindre ? Lui qui confie déjà toute sa vie privée à Facebook, Apple, Google et n’hésite pas à communiquer les secrets de sa carte bancaire pour acheter en ligne sur Amazon…