Diesel : pourquoi l'Allemagne ne veut rien lâcher

Vu de Paris, le Diesel est déjà mort. Ce n’est pas l’opinion des constructeurs allemands qui s’y accrochent, malgré les risques de restriction de circulation et les dégâts provoqués par le Dieselgate.

A ce titre, le salon de Francfort restera probablement dans les annales. Il a débuté dans un climat un peu étrange, avec des militants de Greenpeace appelant à la fin de l’âge du pétrole, et des politiques  critiquant l’industrie automobile allemande pour ses pratiques de cartel et pour le dépassement des normes de NOx, sur fond de Dieselgate.

Au cours de l’été, un sommet national sur le Diesel a eu lieu et les constructeurs allemands ont pris l’engagement de rappeler quelque 5 millions de véhicules pour procéder à des réglages de logiciels. Ils se sont aussi déclarés prêts à donner des primes (de 2 000 à 10 000 €) pour inciter les propriétaires de vieux Diesel à les échanger  contre un autre plus récent, avec un moteur thermique Euro 6, ou bien une technologie liée à l’électrification (hybride ou 100 % électrique).

A ce jour, les constructeurs font tout pour éviter l’interdiction du Diesel dans une quarantaine de villes allemandes, sachant que les restrictions portent sur les modèles anciens, pas sur le Diesel Euro 6. C’est une question d’honneur pour un constructeur comme Mercedes, dont la ville d’origine, Stuttgart, est à la pointe du combat anti-Diesel.

C’est d’ailleurs le patron de Mercedes, Dieter Zetsche, qui a pris la parole au salon, au nom de tous les constructeurs européens, pour réaffirmer le rôle des moteurs thermiques. En tant que Président de l’ACEA, il a en effet souligné que le Diesel est indispensable pour atteindre les 95 g de CO2 d’ici 2021. La baisse du Diesel, au profit de l’essence, fait remonter automatiquement les consommations (de l’ordre de 15 à 20 %), et va donc relever les moyennes.

Dans ce climat d’incertitude, l’ACEA plaide pour une harmonisation en Europe des restrictions de circulation, au lieu de laisser chaque ville décider de sa stratégie. L’association, qui souhaite être un acteur du changement (et non une victime), a proposé par ailleurs de réduire de 20 % supplémentaires  les émissions de CO2 d’ici 2030, le seuil intermédiaire de 2025 étant à ce jour encore inconnu.

Pour les constructeurs allemands, le moteur thermique reste un marqueur, un symbole de l’excellence du pays. Cela ne veut pas dire qu’ils n’investissent pas dans l’électrique. Ils y consacrent au contraire beaucoup de temps et d’argent (Volkswagen va dépenser 70 milliards d’euros d’ici 2030 !), mais l’ACEA rappelle que le marché ne pèse que 1,2 % en Europe et que c’est aux Etats de financer les bornes de recharge.

Pour les experts, l’édition 2017 de Francfort s’apparente donc à une espèce de bulle électrique, avec des annonces et des calendriers qui laissent songeurs. Et même si la tendance est clairement à l’électrification, l’équipementier Schaeffler rappelle que, dans le cadre du scénario le plus extrême, deux voitures sur trois auront toujours un moteur thermique dans les prochaines années.